Diaspora : la force d’un destin commun
Por Alain Denis Mbezele
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Seize millions d’âmes. Plus de 350 milliards de francs CFA transférés chaque année. Un réservoir inépuisable de compétences disséminées aux quatre coins du globe. La diaspora burkinabè n’est pas une simple communauté expatriée en marge de sa patrie : elle est une nation en mouvement. Une puissance humaine, intellectuelle et économique dont le Burkina Faso doit urgemment libérer tout le potentiel.
La grandeur d’un peuple ne s’arrête pas aux lignes tracées sur une carte. Au fil de l’histoire, les Burkinabè ont fait de la mobilité une force, apprenant à s’installer ailleurs sans jamais se déraciner.
Des plantations et marchés de la sous-région ouest-africaine — Côte d’Ivoire en tête, mais aussi Mali, Ghana ou Sénégal — jusqu’aux institutions internationales, grandes universités et centres d’innovation d’Europe ou d’Amérique : la présence burkinabè est aujourd’hui planétaire. Elle rassemble des travailleurs, des commerçants, des ingénieurs, des médecins, des universitaires, des artistes et des entrepreneurs.
Cette pluralité est une richesse brute. Mais elle exige une stratégie adaptée. En effet, on ne mobilise pas un commerçant établi depuis trente ans dans la sous-région comme on accompagne une jeune chercheuse en Europe ou un étudiant sur le point de rentrer. Le premier impératif consiste donc à cartographier et comprendre cette diaspora pour enfin agir de concert avec elle.
Des réussites individuelles au levier collectif
La vitrine est prestigieuse. Lassina Zerbo dans la haute diplomatie scientifique. Boukary Sawadogo à la croisée de l’université et du 7ᵉ art. Simon Tiemtoré dans la haute finance. Gaston Kaboré ou Dani Kouyaté dans le cinéma international.
Ces figures prouvent la capacité de l’excellence burkinabè à s’imposer au plus haut niveau. Mais la véritable force de frappe réside dans l’armée silencieuse des cadres, techniciens, médecins et enseignants qui œuvrent au quotidien.
L’enjeu stratégique n’est plus seulement de célébrer des trajectoires isolées, mais de créer une intelligence collective. Il faut organiser des passerelles systématiques pour que l’expertise de l’extérieur vienne irriguer l’enseignement, la médecine, la recherche et l’entreprise sur le sol national.
De la solidarité financière à l’investissement productif
En 2023, les transferts de fonds de la diaspora ont atteint environ 352 milliards de francs CFA, soit près de 3 % du PIB national. Derrière ce chiffre massif se trouve une solidarité vitale qui nourrit, soigne et scolarise des millions de familles.
Mais la solidarité familiale, si indispensable soit-elle, ne crée pas d’emplois pérennes. Le véritable tournant économique réside dans la conversion d’une partie de cette épargne en investissements productifs.
Agro-industrie, énergies renouvelables, technologies numériques, immobilier, santé, formation : les opportunités sont immenses. Cependant, le patriotisme ne saurait remplacer la rigueur économique. Pour transformer la solidarité en capital productif, l’État et le secteur privé doivent offrir à la diaspora un cadre de confiance irréprochable : sécurité juridique, transparence administrative et fluidité des démarches.
Organiser la puissance du nombre
Seize millions de personnes représentent un levier géopolitique et économique colossal. Mais sans organisation, le nombre n’est qu’une statistique.
Si des structures comme le Haut Conseil des Burkinabè de l’extérieur existent, le tissu associatif demeure trop souvent morcelé. Pour orchestrer cette puissance, trois pistes sont à explorer. L’établissement d’une cartographie fine des compétences et des implantations ; la création de circuits d’investissement sécurisés et lisibles ; la multiplication des modes d’engagement flexibles à l’instar des missions d’expertise, de l’enseignement à distance, du mentorat ou des partenariats scientifiques, sans exiger systématiquement un retour définitif.
L’information comme arme de développement
Une diaspora mal informée est une puissance dormante. En documentant les réussites, en exposant les opportunités d’affaires, en valorisant les compétences et en connectant les porteurs de projets aux investisseurs, BurkiNet, au-delà du média, ambitionne de devenir assez rapidement un réseau d’action, une passerelle stratégique entre le pays et ses forces vives de l’extérieur.
À ce titre, le Burkina Faso ne peut plus se contenter de compter ses enfants à l’étranger. Il doit apprendre à compter sur eux. Partout où un Burkinabè innove, enseigne, bâtit ou investit, c’est une parcelle du pays qui s’agrandit.
Il ne s’agit plus de faire appel au devoir, mais d’offrir des opportunités. Il ne s’agit plus de subir l’éloignement, mais de faire de chaque membre de la diaspora le bâtisseur d’une nation moderne, souveraine et résiliente.
